Il est enfin là. Le tant attendu sixième album des Arctic Monkeys. Tranquility Base Hotel + Casino (TBHC), est sorti le 11 mai 2018. Difficile d’échapper à la sortie de cet album, le groupe étant devenu une véritable machine à remplir les stades et à écumer les plus gros festivals de la planète depuis le succès de leur précédent album «AM». Autant le dire tout de suite si vous avez découvert Arctic Monkeys avec «AM», vous risquez d’être déstabilisé par l’ensemble de ce nouvel opus.


Le groupe – ou plutôt Alex Turner, on va pas se le cacher (l’album ressemble énormément à un projet solo) – prend la direction opposée des sonorités de «AM». La surprise sera moindre si vous connaissez les Arctic Monkeys depuis le début de leur carrière, le groupe ayant prouvé au cours de ses six albums qu’ils étaient habitués à changer partiellement voir totalement de style. Seulement, au fil de leurs précédents albums, on pouvait trouver une certaine logique dans l’évolution du son du groupe; chaque album annonçant plus ou moins les changements qui aurait lieu dans le suivant. «TBHC» fait donc ici exception en redéfinissant entièrement le son du groupe.

Même en étant habitué au changement d’humeur de  la formation, difficile de ne pas voir dans «TBHC» un changement de cap assez radical. Ainsi, après avoir finalement conquis l’Amérique avec les hits un peu bourrin d’AM, on aurait pu s’attendre à une autre fournée de tubes testostéronés. Il n’en est rien et il suffit d’aller faire un tour sur les réseaux sociaux pour s’apercevoir de l’incompréhension de certains fans. Alex Turner a en effet opté pour un concept album racontant la vie sur une base lunaire, disposant d’un hôtel et d’un casino (et d’une Taqueria sur le toit dixit l’incroyable Four Star out of Five). Les inspirations de cet album sont clairement cinématographiques avant d’être musicaux. Les chansons sont toutes très imagées et les textes de Turner, qui étaient à mon goût un des gros défauts d’AM, sont ici d’une inventivité et d’une complexité qu’on n’avait pas vue depuis «Humbug», leur troisième album. «TBHC» rattrape l’affaire et le songwriter, visiblement inspiré par son concept nous offre parmi ses meilleurs textes.

Sur les inspirations musicales de l’album, il faudra aussi aller chercher du côté du cinéma et notamment vers les BO des films noirs des années 60. Turner a d’ailleurs plusieurs fois affirmé s’être inspiré des BO des films de Melville composées par François de Roubaix. Cela s’entend assez clairement tout au long de l’album. Les petits motifs répétitifs (sur Star Treatment notamment), le soin apporté à la production et les sonorités globales utilisées dans l’album rappellent effectivement les BO composées par de Roubaix ou Morricone à la fin des années 60 et au début des années 70.  L’omniprésence du piano et des claviers est aussi une nouveauté pour un groupe ayant toujours privilégié les guitares. Si elles sont bien présentes sur l’album avec quelques solos rafraîchissants, elles sont réellement en retrait la plupart du temps.

La voix de Turner s’adapte à cette nouvelle configuration et après avoir chanté comme un rockeur américain sur «AM», il prend cette fois le rôle du Crooner, chanteur de piano bar; rôle qu’il s’est attribué sur l’album. Côté crooner, on pense plus à David Bowie période Young Americans qu’à Sinatra en entendant la voix de Turner. Tout n’est pas parfait; c’est le risque à prendre quand on sort de sa zone de confort. Mais dans l’ensemble, sa performance reste assez convaincante.

«TBHC» est un album plus difficile d’accès que ses prédécesseurs. La première écoute sera déroutante voire désagréable pour beaucoup mais l’album s’apprécie réellement dans la durée. La cohérence dans la production des différents morceaux fait qu’ils semblent assez difficiles à distinguer au départ. Si cela peut sembler répétitif au premier abord, il n’en est rien. Aucun morceau ne se détache concrètement des autres, mis à part le seul « hit » potentiel de l’album Four Star out Of Five  et le magnifique Ultracheese  qui vient clôturer l’album. 

De mon humble avis, «TBHC» est un très bon album.  On peut seulement regretter que l’opus sonne effectivement plus comme le projet solo d’Alex Turner qu’un album d’Arctic Monkeys. Mais l’implication totale du chanteur fait que «TBHC» sonne plus personnel, plus intimiste et reste finalement beaucoup plus beau que ne l’était «AM».